Nicaragua – Colombie

Premiers pas.

« J’ai découvert l’Amérique latine en commençant par Cuba, en 2012. Mais c’est au Nicaragua et en Colombie que j’ai fait mes premiers pas dans un milieu qui m’était inconnu, la jungle tropicale. Tombé amoureux de cette biodiversité, je me bats aujourd’hui au Cambodge pour la préserver ».

 

C’était en 2014, alors qu’Arthur était toujours sous contrat à l’armée, il accepta l’offre de deux amis de partir à la découverte du Nicaragua, accompagné de son frère Valentin. Carte routière sur la table, les objectifs suivants furent établi : partir à l’assaut des Volcans près de Leon, découvrir la jungle et la mangrove, traverser le grand lac Nicaragua, et partir à la recherche de vestiges précolombiens.

Arrivés à Managua, ils prirent un bus populaire pour remonter au Nord, vers Leon. Le pays souffre d’inégalités sociales et du trafic de drogue, mais les rues semblent relativement sûres. Direction le Cerro Negro, volcan gris entré en éruption en 1999. Ascension exposée et raide, mais sans grande contrainte technique. Les vapeurs de soufre accentuèrent la vision apocalyptique de terre brûlée et de cendres. La descente se fit en luge, ou plutôt sur une planche de bois ! Le paysage, contrasté par la jungle grignotant le pied de ces monstres de lave et de gaz, était saisissant.

La deuxième étape fut à la recherche de la biodiversité nicaraguayenne ; direction le lac Nicaragua, foyer du redoutable requin-bouledogue. Le groupe fit escale dans la ville coloniale de Granada, autrefois refuge des flibustiers et de pirates renommés tel le Capitaine Morgan. On dit que les premiers colons, arrivant par l’Est, crurent atteindre l’océan Pacifique, trompés par la grandeur du lac. Ils prirent la route de la mangrove en kayak, accompagnés d’un guide métisse, aux origines indigènes. Paradoxalement, ce site fut grandement préservé en raison de la présence de nombreuses villas appartenant aux personnalités les plus puissantes du pays. Leur installation interdit tout braconnage, offrant une vie paisible aux singes hurleurs Alouatta palliata et aux singes-araignée Ateles geoffroyi, menacés d’extinction.

La dernière exploration concerna l’île atypique d’Ometepe, deux volcans massifs sortaient du milieu du lac. Là-bas, certains sites nahualt étaient encore visibles, des tumulus et des pétroglyphes de divinités animales, comme le dieu-panthère. Ce morceau de paradis à la biodiversité luxuriante observa notre équipe partir sur les flancs du volcan Concepción à la recherche d’une des plus grandes chutes d’eau d’Amérique centrale. De nombreux urracas Calocitta formosa et certains rapaces tournoyaient au-dessus de la vallée, la verdure obstruait la progression, dissimulant iguanes et serpents. Ils rencontrèrent par chance un chercheur nicaraguayen, qui les invita à découvrir la faune de l’île en kayak, accompagnés par un indigène et son fils. De nombreux animaux profitaient du vivrier du lac, notamment des singes hurleurs et quelques caïmans. Une découverte enrichissante appuyée par le message de préservation du guide.

Malheureusement, les seuls requins-bouledogue observés furent les quelques trophées fièrement exposés dans les cabanes de pêcheurs.

La pauvreté du pays offre un avenir précaire à l’écosystème nicaraguayen, souffrant d’un retard énorme par rapport à son voisin le Costa Rica, en revanche le pays commence à miser sur le tourisme écologique, insufflant un vent d’espoir pour une faune et une flore endémiques.



 

L’hiver de la même année, Arthur retourna en Amérique latine, désireux d’approfondir ses connaissances dans la jungle, en quête de sites archéologiques et des derniers représentants des tribus indigènes. Il décolla pour Bogota, accompagné de Joël, un compagnon d’armes ayant déjà goûté au monde de la jungle en Guyane Française. Leur objectif fut de partir à la rencontre des indiens Tayrona et de leur cité autrefois prospère, la Ciudad Perdida, perchée à plus de 1000m d’altitude. Environ 50 km de marche à travers les montagnes tropicales, site interdit d’accès sans guide en raison des activités de guérilla FARC et d’une faune dangereuse ; au vu de la complexité du terrain, autant oublier l’évacuation héliportée.

Ils partirent durant 4 jours, encerclés par un écosystème exceptionnel : inséparables, grands oiseaux, capucins, vipères, arachnides, moustiques, sangsues… Les sentiers vallonnés sont éprouvants, le terrain boueux, et la pluie nous accompagne la plupart du temps. Avant de passer notre première nuit en hamac, notre guide nous offrit des conseils pour le moins alternatifs contre la malaria : fumer comme un pompier, et mâcher de la coca ! Après une bonne soupe et quelques fruits récoltés alentours, le discours devint plus grave. Le désert de la Sierra Nevada naquit à cause de l’avidité des hommes, et de l’inattention du gouvernement quant aux conditions de vie difficiles des paysans. Ces derniers usèrent nombre de pesticides et d’engrais chimiques, transformant le terreau fertile de la montagne en désert de pierres et de cendre. Acculés, ces derniers s’abattirent sur les indiens Tayrona, massacrant les villageois et volant leurs biens et leurs terres. Leur site fut par la site préservé, mais il était trop tard. Arthur et Joël étaient en contact avec les survivants des purges indiennes, victimes de la cupidité gouvernementale, du narcotrafic et de la guerre civile.

Les longues marches s’entrecoupèrent de passages de rivières difficiles et de traversées de ravins à l’aide de systèmes rudimentaires, avec un vieux câble rouillé pour seule assurance. Les sangsues et les serpents ne manquèrent pas à l’appel !

Au matin du 3e jour, le groupe traversa une dernière rivière, avant de découvrir des marches en pierres dissimulées par la végétation : l’entrée de la Ciudad Perdida. Des centaines de marches plus tard, les voici à 1000m d’altitude, au milieu d’un ensemble de plateformes épousant la ligne de crête. Un spectacle grandiose, gardé par une escouade de soldats postés dans la lisière tropicale. Sortant de nulle part, une source d’eau jaillissait d’entre les blocs de pierre. Des maisons authentiques subsistaient, dernier témoignage du patrimoine du guide et de son peuple. Le temps de photographier mentalement ce site remarquable, le groupe reprit la route du retour, et se sépara en fonction de l’état général de chacun. Au 4e jour, la canopée n’était déjà plus visible, gardant farouchement de nombreux site encore inconnus.

Cette expérience inédite, au contact de minorités préoccupées par la préservation de leur environnement, convainquit Arthur de persévérer dans le monde de l’exploration. Repousser ses limites dans des climats toujours plus hostiles et inhabituels, adapter son corps en fonction des situations et des milieux, Arthur acquit le goût cette expérience avec les Chasseurs Alpins ; dès lors il s’engagea à l’exploiter jusqu’à l’extrême, avec pour rêve de découvrir des déserts d’homme, des“mondes perdus”encore vierges, mais aussi de partir à la rencontre des minorités toujours fermées à la mondialisation, aujourd’hui menacées de voir leur culture disparaître.